Le nom de la maison est les Cèdres comme jadis. Un bouquet d’arbres hirsutes, d’une couleur brune semblable au pelage d’un singe avec une puanteur persistante exhalant une odeur pestilencielle, leurs troncs affreusement entremêlés, continuent à pousser sur la gauche, séparés par une pelouse mal entretenue de la grande fenêtre courbée de ce qui était il y fut un temps un salon mais que Miss Vavasour préfère appeler (en langage propriétaire) le séjour. La porte d’entrée est à l’opposé, donnant sur un carré de gravier taché d’huile derrière le portail de fer, toujours peint en vert bien que la rouille l’ai réduite en délicate filigrane. Je suis étonné par le peu de changement qu’il y a eu en plus de cinquante ans depuis la dernière fois que j’ai été ici. Étonné et déçu, j’irais même jusqu’à dire offensé, pour des raisons qui m’échappent car pourquoi est-ce que je devrais vouloir du changement alors que c’est moi qui suis revenu pour vivre au milieu de vestiges du passé ? Je me demande pourquoi la maison a été construite de cette façon, de côté, un mur crépi blanc sans fenêtre tourné face à la rue/route ; peut-être bien qu’il fut un temps, avant la construction des rails, la route prenait une trajectoire totalement autre, passant directement devant la porte d’entrée, tout est possible. Miss V. reste vague sur les dates, mais elle pense que le cottage a été construit au début du siècle dernier. Je veux dire, siècle avant le siècle dernier, je perds le fil du millenium, et d’autres s’y sont ajoutés au fil du temps. Ceci expliquerait l’état désorganisé du lieu, des petites pièces donnant sur des pièces plus grandes, des fenêtres placées devant des murs vides et un plafond bas à travers le bâtiment. Le parquet en pin donne une atmosphère nautique, tout comme la chaise pivotante à dossier à barreaux. j’imagine un vieux marin somnolent au coin du feu, enfin de retour sur la terre ferme, le vent d’hiver faisant trembler les cadres de fenêtres. Oh qu’est-ce que ce serait d’être cette personne. D’avoir été cette personne.

Quand j’étais ici il y a des années, du temps des dieux, les Cèdres était une maison de vacances à louer pour deux semaines ou le mois. Chaque mois de juin, un riche docteur accompagné de sa grande et tapageuse famille infestait la maison. On n’aimait pas les enfants criards du docteur, ils se moquaient de nous et nous lançaient des pierres, cachés derrière la barrière infranchissable du portail. Après eux venait un couple d’âge moyen qui ne parlait à personne et qui, d’un air sombre, promenaient en silence leur chien saucisse (teckel) à la même heure tous les matins le long de Station Road jusqu’au rivage/ jusqu’à la rue Strand. Le mois d’août était le plus intéressant des mois passés au Cèdre pour nous. Les locataires étaient différents chaque année, des gens d’Angleterre ou du continent, la curieuse paire de jeunes mariés en lune de miel que l’on essayait d’espionner, même une troupe de théâtre ambulante temporaire qui organisait un spectacle dans le cinéma zingué. Puis, cette année-là, vint la famille Grace.